Si nous parlions de nous

Parce que vous nous avez fait confiance,

… et pour certains d’entre vous, depuis plus de trente ans, nous prenons quelques lignes pour faire le point.

Nous avons vieilli ensemble. Nous ne nous sommes pas trompés de combat ; dans le dernier VLC, Jean-Baptiste de Foucauld raconte les avancées réelles permises seulement parce que des chômeurs se sont organisés et ont su se faire entendre de la société civile et des décideurs. Ce qui a dû fatiguer les décideurs puisqu’ils n’ont jamais considéré légitime l’organisation autonome des chômeurs ; au-delà de toutes les raisons avancées pour justifier ce déni de démocratie, il y a le fait que les chômeurs et les précaires dérangent, interrogent, contestent le style de vie du plus grand monde. En 1984, nous avons permis (un peu seuls) cette parole collective des chômeurs par un financement bien réel et par le fait de parler d’eux, de leur malheur, de leurs projets. En même temps, le CCSC était porté par ce soutien ; la solidarité longue de nombre de congrégations religieuses ne peut être oubliée. Lire

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Les religions comme source d’espérance

Répondre à un défi anthropologique d’une ampleur inédite

Texte de l’intervention de Bernard Perret aux Semaines Sociales de France :

Quand nous avons discuté du principe de cette intervention avec Jérôme Vignon, l’encyclique Laudato si’ n’avait pas encore été publiée. Nous pensions, bien sûr, que ce serait un événement important, mais nous ne pouvions pas deviner qu’elle apporterait des éléments de réponse aussi forts et substantiels à la question qui nous réunit ce matin, celle de la place de l’espérance religieuse dans un monde qui doit faire face à des défis sans précédent, à commencer par celui du changement climatique. Conscient du risque que je prends en m’exprimant sur des sujets largement traités dans l’encyclique, je vais vous livrer mes propres réflexions, qui, heureusement, recouperont souvent celles du Pape.

Commençons par ce titre « les religions comme source d’espérance ». Au premier abord, il peut s’entendre dans le registre bien balisé du « supplément d’âme ». L’humanité serait confrontée à une situation si difficile et angoissante qu’elle devrait faire appel aux religions pour se donner à la fois des repères moraux, un idéal susceptible d’inspirer des comportements vertueux, et enfin des motifs de consolation pour nous aider à traverser une mauvaise passe. C’est à des choses de ce genre que l’on pense quand on voit la religion convoquée par tel ou tel leader d’opinion, à titre supplétif, comme on mobiliserait une source d’énergie cachée pour la mettre au service d’une idée préétablie du bien commun, par exemple le « développement durable ». Mais, bien-sûr, ce n’est pas comme cela que les choses se passent : le « sens » porté par une tradition religieuse ne peut être vécu que pour lui-même, il échappe à toute instrumentalisation.

Il n’en est pas moins vrai que les traditions religieuses – mais aussi les idéaux politiques humanistes – sont convoquées et mises à l’épreuve par la situation que connaît l’humanité. Les défis auxquels nous sommes confrontés nous placent en effet dans l’obligation de réinventer le sens de l’aventure humaine et de ressaisir dans une nouvelle perspective le sens des traditions religieuses. Il ne s’agit donc pas seulement de mobiliser des ressources de sens qui se trouveraient prêtes à l’emploi dans nos livres saints et nos traditions. Dans une large mesure, nous avons à faire du neuf à partir de ce dépôt. Cela vaut, je pense, pour toutes les religions, mais je me limiterais ici au point de vue du chrétien que j’essaie d’être. [suite…]

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« Je suis un homme heureux, mais pas du tout content. »

AG CCSC 10 mai 2012

Pedro Meca

Voilà comme tu t’es présenté, ce soir-là.

Pedro, l’ami, le frère prêcheur,
Tu as pris le train pour l’envers du décor.
C’était une journée d’hiver,
Cette saison qui fait si mal
Aux gens de la rue,
À celles et ceux qui « dorment » dans la rue,
Aux marges du monde.
Tu as connu la misère,
Elle ne t’a jamais quitté
Puisque tu la recevais
La nuit, à la Moquette.

Enfant, on t’a offert l’exil, la survie,
Et même quelques jours de prison
« Une erreur sur la personne ».
Un comble
Pour celui qui en avait pris des dizaines d’années
Dans l’Espagne de Franco.
Mais ça te ressemblerait tout à fait,
Tu prends pour les autres,
Ça arrive un jour
À tous les engagés du monde.

Militants ? un mot trop proche de l’autre mot,
Militaire.
Tu disais : « Je suis là pour prendre le temps d’être là,
Sans savoir ce qui peut venir »
Sans idée préconçue,
Sans idée arrêtée.

Les pauvres, c’est chacun son chemin,
On n’est pas pauvre en série.
Tu as appris cela de l’Evangile,
Disons-le, de Jésus,
Du Galiléen,
De celui dont tu parlais une dernière fois
La nuit de Noël
Aux blessés de la rue, du chômage,
De l’enfance qui n’a pas existé.
Je garde de toi ce court passage :
« Donner et recevoir est le propre de Dieu,
Dieu est don, il se donne,
Dieu est accueil : il se reçoit,
Dieu n’a rien, ne garde rien,
Ne retient rien pour lui
Puisqu’il ne possède rien.
Quelle meilleure image de Dieu
Que la faiblesse d’un nouveau-né » .
Dieu est don, et comme il n’a rien, il ne peut donner que lui-même
Totalement,
Sans aucune retenue.

Merci, l’ami.

Gérard Marle

Assemblée Générale CCSC 10 mai 2012

Relire la rencontre avec Pedro Meca, lors de l’assemblée générale du CCSC – 10 mai 2012

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La confiance retrouvée ?

Le temps d’une marche, immense, digne. Improbable puisque regroupant des contraires : personne là ne renonçait à ses convictions politiques et religieuses, mais il y avait un au-delà de ces clivages quotidiens. Sans doute la majorité des présents ne goûtait pas l’ironie parfois  méchante des caricaturistes, mais on ne massacre pas pour un dessin ni pour aucune autre raison, il n’y avait sur ce point aucune divergence. Et puis, nous sommes citoyens d’un pays qui ne badine pas lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse : cette liberté peut être irresponsable et mettre des individus ou des institutions en danger ; on peut s’en plaindre, trouver inutile ou dangereuse telle provocation, mais il faut assumer un héritage, une histoire particulière, la nôtre. Il y avait, ce dimanche 11 janvier, un moment où la majorité habituellement silencieuse a su passer au-delà des oppositions habituelles au nom de la vie et d’une fierté nationale. Il a fallu un massacre pour qu’elle paraisse au jour, sans  doute aussi une certaine habileté politique et médiatique, mais cette large unanimité n’a pu s’inventer en une semaine, elle était déjà là, souterraine, silencieuse et largement sous-estimée. Nous sommes donc capables d’être ensemble, c’est tout. Un bémol toutefois, l’absence « des quartiers », où réside une population qui n’a pas encore intégré jusque dans ses racines (sa souche)  l’histoire si particulière qui est celle de France, sa perception si singulière de la laïcité et de sa liberté d’expression.

Et maintenant ? Il nous  faudra  tout d’abord subir des contrôles plus fréquents,  une surveillance dont on se passerait bien, un supplément de frais pour notre sécurité. Tout cela a un coût et nous sommes prêts à l’accepter, au nom de notre sécurité. Ainsi, nous nous découvrons moins fermés sur nos  habitudes, moins accrochés à nos privilèges lorsque l’enjeu en vaut la peine. Nous sommes capables de renoncer à notre égoïsme érigé en système pour nous retrouver ensemble, jusqu’à défendre des institutions policières habituellement qualifiées d’oppressives et liberticides. Nous sommes capables de bouger même par surprise, de l’assumer, voire d’en être fier.

Il se trouve que c’est pour la sécurité et non pour l’emploi que nous avons accepté de nous bouger, de nous retrouver au-delà des guerres de tranchée qui caractérisent habituellement le climat social, et qui paralysent la vie économique. Dans sa lettre au président de la République, le Collectif Alerte note que le grand souffle qui fut au départ des plans contre l’exclusion s’est peu à peu dilué et a laissé place à la défense des intérêts catégoriels. Contre la pauvreté, pour l’emploi, nous serrons-nous les coudes ensemble, dépassant  les antagonismes habituels, ou bien continuons-nous à mettre les égoïsmes catégoriels à la première place ? Ce dimanche a  laissé entrevoir que nous pouvons choisir de nous serrer les coudes. Alors, pour l’emploi aussi ?

« Il est important de sortir d’un double déni. Le déni de la société française, qui a une explication culturelle ou religieuse à ces attentats et qui refuse de se poser la question de ce qu’elle a raté au cours de ces trente ou quarante dernières années. Le déni des musulmans qui disent que cela n’a rien à voir avec l’islam. Ceux qui disent cela sont dans le déni. » (Rachid Benzine, La libre Belgique, édition nationale, 14 janvier 2015). L’absence des quartier en ce moment rare d’unanimisme national s’explique donc aussi par notre échec social. Malgré les milliards d’euros qui, tous gouvernements confondus,  ont été déversés sur « les quartiers », le taux de chômage des jeunes n’y a pas bougé, il approche les 50%. Les inégalités se sont même creusées.

Et si nous osions croire en eux ?

Gérard MARLE

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Chômeurs, la parole niée

Article paru dans la revue Projet – octobre-décembre 2013

ProjetGérard Marle est prêtre, Fils de la charité. Il a travaillé à La Courneuve, a été curé à Antony, puis à Grigny. Il a participé à la fondation du Comité chrétien de solidarité avec les chômeurs en 1984 et a milité activement à l’association Partage, dont est issu le Mouvement national des chômeurs et des précaires.

Né à l’aube des années 1980, le Mouvement national des chômeurs et des précaires n’a imposé sa voix dans le débat public que de façon très passagère. Parce que ses questions dérangeaient ? Gérard Marle revient sur cette épopée avec émotion.

« Même les bébés phoques se sont fait entendre ! » On doit en convenir, même si cette voix  a pris de l’âge, même ténu, l’écho demeure. Qui par contre se souvient de cette voix forte, un brin décalée -elle fleurait les grandes voix ouvrières du début du vingtième siècle –  qui a mis au milieu des années 1980  les chômeurs au centre du débat social ? Voix éteinte désormais et jamais remplacée. Aujourd’hui, qui perçoit leur voix ? Il y a une fois par an une manifestation de rue à trois cents, en comptant les forces de l’ordre ; une marche de quatre semaines est annoncée, marche des chômeurs et des précaires pour leurs droits ; ce n’est pas la première de ce genre, elle regroupera quelques centaines de marcheurs, tellement peu au regard des cinq millions de demandeurs d’emploi.  Quand chaque mois tombent les chiffres du chômage, à ce jour en hausse continue depuis plus de vingt-trois mois, les communiqués de presse du Mouvement National des Chômeurs et des Précaires (MNCP) passent inaperçus,  ce sont les autres qui commentent ; rien à voir avec l’omniprésence médiatique des syndicats de policiers lorsqu’un événement les concerne. Lire la suite

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Où va le travail ?

chantiersDepuis une trentaine d’années, des militants luttent contre le fléau du chômage. A travers le Comité Chrétien de Solidarité avec les Chômeurs et les précaires et l’Association Partage – Travail, ils manifestent leur solidarité, informent, analysent, proposent des pistes pour en sortir. Gérard,l’un des leurs, nous partage son analyse de la situation actuelle. Oui, où va le travail ?

« Dans quinze jours, je serai dehors. Mon contrat se termine. Il était nominatif, cela veut dire que si la personne revient à l’entreprise pour un autre poste, je suis viré quand même. A mon âge, je suis bon pour les remplacements d’été, et quelques contrats au cours de l’année ; ils ne dépassent pas un mois en général. Je sais bien que je ne suis pas le seul. Pour moi, j’ai cinquante trois ans, et cela dure depuis plus de quatre ans, cette succession de petits contrats. »  En ajoutant aux 500 000 intérimaires les 4,5 millions de salariés à temps partiel, le plus souvent contre leur volonté et représentant 18% des emplois, c’est près d’un salarié sur cinq qui se trouve dans une forme de précarité ; ces chiffres ne cessent de croître. Lire la suite

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Diaconia 2013 – François Soulage

Francois Soulage

François Soulage est président d’honneur du CCSC, président du Secours Catholique et président de Diaconia.

Le mois dernier a eu lieu, à Lourdes, le rassemblement Diaconia 2013. Les lecteurs de ce bulletin ont été régulièrement informés de la tenue de ce rassemblement. Ce fut un événement particulièrement joyeux, la joie de chrétiens engagés au service de leurs frères et qui, ensemble, parce que rassemblés dans leurs différences, constatent la force qu’ils représentent dans l’Eglise. Le Christ a accompagné ces trois jours, et cette compagnie était pleine de joie.

 On peut tirer quelques conclusions de ce rassemblement à partir du message final. Tout d’abord il est clair que celui-ci n’est qu’une étape à l’intérieur d’une démarche qui doit conduire à un bouleversement important des pratiques des communautés chrétiennes. En effet tous les participants ont constaté que la proximité et la rencontre entre des personnes en grande pauvreté et des personnes, installées dans la société, sont les éléments les plus importants que l’on peut retenir de Diaconia 2013.

 La pratique des fraternités de six participants volontairement mélangés, a permis que se nouent des dialogues improbables, voire des amitiés assez inimaginables en d’autres temps. La fécondité de ces rencontres nous oblige à repenser fortement la place qu’occupent, dans l’ensemble des activités de nos communautés et de nos mouvements, les plus pauvres et les plus fragiles, parmi lesquels naturellement les chômeurs et demandeurs d’emploi que l’on préférerait appeler « offreurs d’emploi ».

 Plus que jamais les communautés devront être attentives à la situation des personnes fragiles que chaque membre de la communauté côtoie chaque jour. Quelle place ces personnes tiennent-elles dans la vie des communautés et plus largement dans la vie de la cité. Quels soutiens apportons-nous les uns et les autres, à tous les chrétiens engagés au service de leurs frères et dont l’action a été largement saluée à Lourdes.

 Le message final de Diaconia demande à ce que,  ensemble, nous osions bousculer un certain nombre de comportements et d’habitudes. Il demande que nous osions changer l’action des communautés ; que nous travaillions avec les responsables politiques et les organisations de la société civile pour que toutes les décisions politiques soient prises en ayant en tête un seul objectif : cela permet-il de changer la situation des plus pauvres.

C’est ainsi que la démarche Diaconia  s’inscrira durablement dans l’esprit des chrétiens, qu’ils soient engagés ou non dans des activités d’Eglise. Ils sont tellement nombreux ceux qui, portés initialement par l’Évangile, sont engagés au service de leurs frères et n’arrivent pas à trouver dans les communautés chrétiennes, les soutiens dont ils ont besoin. Le Comité Chrétien de Solidarité avec les Chômeurs, qui a animé deux ateliers au cours du rassemblement, se sent particulièrement responsable du succès de la démarche dans le temps.

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Etienne Grieu. Ouverture du rassemblement Diaconia 2013

Etienne Grieu

Etienne Grieu est jésuite, il enseigne la théologie au Centre Sèvres à Paris.
Par son intervention, dès la première matinée, il a donné le ton de ce rassemblement « Diaconia 2013 – Servons la fraternité ».

Je suis chargé de vous glisser à l’oreille trois petites questions qui vous accompagneront durant ces trois jours. Vous les trouverez formulées par écrit dans votre livret Servons la fraternité, pages 24-25, elles sont marquées en vert, avec de l’espace libre pour écrire. Mais pour cela, je vais repartir du petit exercice que nous avons fait tout à l’heure, quand nous nous sommes demandé : « quels visages de personnes me reviennent, qui, à un moment où j’en avais besoin m’ont aidé à me relever ? »

Cette question, elle n’a l’air de rien, mais elle est très importante. Car c’est sans doute par là que, pour chacun d’entre nous, tout a commencé. Parce que sans ces personnes qui nous ont aidé à nous relever, nous ne serions peut-être tout simplement pas ici aujourd’hui. Ces personnes-là, elles nous ont appelé – ou rappelé – à l’existence. Elles ont relayé pour nous la parole et les gestes qui font vivre, qui soulèvent le couvercle qui, certains jours, pèse sur notre tête. Et ce couvercle, parfois, il est lourd comme une chape de plomb ou comme une dalle de béton.

Tous, nous pouvons faire mémoire de cela : tous, nous avons été appelés à l’existence, même si, à certains moments, nous avons pu avoir l’impression de ne plus rien entendre. C’est cet appel qui l’emporte, sinon nous ne serions pas ici, je crois. Et cet appel est passé pour chacun, par des personnes précises que nous pouvons nommer. C’est quelque chose que nous avons tous en commun. Et faire mémoire de cela nous met déjà en communion.

Alors, arrêtons-nous un peu, sur ces personnes qui nous ont appelés ou rappelés à l’existence. Qu’est-ce qu’elles nous ont dit, qu’est-ce qu’elles ont fait, qui a produit pour nous un tel effet ?

Parfois, c’est tout simple : ces personnes, elles nous ont appelés par notre nom. Elles ont prononcé notre nom ; pas sur le ton d’une convocation ou d’un contrôle d’identité, mais parce qu’elles étaient heureuses de nous voir, de nous entendre, tout simplement !

Ces personnes, elles nous ont aussi regardé avec espérance. Ce n’était pas un regard de jugement, ce n’était pas non plus des clichés projetés sur nous, c’était comme disait Bernadette en parlant de la dame qu’elle avait vue à la grotte, quelqu’un qui nous « regardait comme une personne ». ça, c’est un regard qui appelle, qui dit : « je te connais un peu, mais tu as encore beaucoup de choses précieuses en toi qu’on n’a pas encore vues ».

Et puis, ces personnes qui nous ont relevé, elles avaient peut-être ce don, cette délicatesse, pour reconnaître ce qui en nous avait soif ou était douloureux ; elle nous ont rejoints en ce point là. Jésus était comme ça ; nous l’avons entendu tout à l’heure : « Jésus rencontre la personne dans son besoin ».

Ces personnes qui nous ont relevés, même quand elles ont aussi été   exigeantes pour nous, elles nous ont en même temps ouvert leur cœur. C’est-à-dire, elles ne se sont pas présentées à nous bardées de compétences, de savoirs et de certitudes, mais avec un cœur ouvert. Tout à l’heure, une personne du groupe Place et Parole des Pauvres disait « les pauvres, il faut qu’ils puissent ouvrir leur cœur avec les riches ». Eh bien ceux qui nous ont relevé, ceux qui nous ont appelés à l’existence, ils avaient le même désir que les pauvres : ouvrir leur cœur.

D’ailleurs, parmi ces personnes qui nous ont appelé à l’existence, il n’y avait peut-être pas que des gens en pleine forme. Cherchons bien, et nous pourrions reconnaître que les appels les plus clairs et les plus puissants que nous avons entendus venaient souvent de personnes en grande vulnérabilité, voire même en détresse. Malgré cela, elles nous ont appelés, elles nous ont relevés. Parfois, de tels appels contiennent en eux un pardon, quand ils invitent à dépasser ce qui en nous s’était montré étriqué, fuyant ou fermé. Et ce pardon aussi, nous avons pu l’entendre de la part de personnes elles-mêmes en situation de grande faiblesse, n’est-ce pas?

Eh bien, savez-vous, quand nous avons fait ainsi l’expérience d’être relevés, on peut dire avec certitude que nous avons été touchés par les appels de Dieu, par le don de Dieu, par la grâce de Dieu.

Parfois nous nous demandons : Dieu, mais à quoi ressemble-t-il ? Jésus, comment il était ? Eh bien, ces paroles, ces gestes, ces visages qui nous relèvent, qui nous appellent à l’existence, ils sont pleins de Dieu, ils le laissent passer. Si je cherche à connaître Dieu, voilà une voie royale pour le découvrir.

A partir de là, vous pouvez comprendre pourquoi, dans votre livret Servons la fraternité, pages 24-25, là où vous sont données « trois questions à habiter » pour ces trois jours à Lourdes, il y a une première interrogation qui est formulée ainsi : « Qu’est-ce que je découvre de Toi [avec un T majuscule, on peut donc lire « qu’est-ce que je découvre de Toi, mon Dieu] à travers la rencontre de l’autre ? »

La rencontre de l’autre peut être l’occasion de découvrir quelque chose de Dieu. Pas forcément d’ailleurs les rencontres où tout baigne dans l’huile, mais justement, ces rencontres où le cœur s’ouvre, où chacun est en vérité, et où chacun fait signe à l’autre comme pour lui dire qu’on tient à lui.

Vous voilà donc avec cette question, que vous pouvez garder précieusement durant ce temps à Lourdes et même après : « qu’est-ce que je découvre de Toi, mon Dieu, dans la rencontre de l’autre ». Alors, une proposition, pour ces trois jours : soyons attentifs à cela, tout au long de ces trois jours, au hasard des rencontres, prévues ou totalement imprévues: qu’est-ce que je découvre de Toi, mon Dieu dans la rencontre de ces frères et sœurs, connus ou inconnus, que tu mets maintenant sur mon chemin, qu’est-ce que je découvre de Toi dans leurs gestes, leurs paroles, leurs attitudes vis-à-vis de moi ou vis à vis des autres ?

A partir de là qu’on peut aller vers une 2e question que vous trouvez, dans  votre petit livret, page 25. Je vous la lis : « Etre au service : ça change quoi pour moi ? Ça m’engage à quoi ? Quels appels j’entends à mettre mes pas dans ceux du Serviteur (le Christ) ? »

D’abord, je dois faire remarquer que cette question n’est pas la première. Elle vient en 2e position, après celle sur ce qu’on découvre de Dieu dans la rencontre de l’autre. Cela indique qu’être au service, c’est comme « faire réponse » à tout ce que nous avons reçu, à cet appel à l’existence qui nous fait tenir debout. D’ailleurs, dans l’expression « rendre service », il y a peut-être de cela : ce que j’ai reçu, je peux le donner moi aussi, le rendre, à mon tour.

Donc vous voyez, vu de cette manière là, le serviteur, c’est quelqu’un qui redonne de ce qu’il a reçu, tous les appels qu’il a entendus. Le groupe Place et Parole des Pauvres a dit tout à l’heure, « pour nous, on peut dire que la diaconie, c’est le fait d’être messagers ». Eh bien, c’est tout à fait cela. Dans le Nouveau Testament, un serviteur, un diakonos, c’est quelqu’un qui est envoyé pour partager ce qu’il a reçu. Il se fait messager des bonnes choses qu’il a reçues. C’est ce qu’on a entendu tout au long du temps pascal, dans l’évangile de Jean qui ne cesse de présenter Jésus comme l’envoyé du Père.

Parfois on trouve que le mot « diaconie » est compliqué ; on se demande, « ça veut dire quoi ? » ; eh bien voilà, c’est comme les disciples, et comme Jésus lui-même, accueillir ce qui fait vivre, ce qui vient de Dieu, et le laisser passer, le porter à ceux que je rencontre.

Vu de cette manière là, être serviteur, ça n’est pas d’abord faire des tas de choses ; c’est d’abord, laisser passer les bonnes choses qu’on a reçues, qu’on a entendues. Un serviteur accueille et redonne, accueille et ne retient pas, comme les disciples quand ils partagent le pain que Jésus donne : leurs mains sont ouvertes pour recevoir et redonner.

Dit comme ça, cela paraît facile ; en fait, nous savons tous très bien que nos mains ont tendance à se fermer, à garder ; nous rêvons souvent de petits succès jusque dans le service, et nous voilà de nouveau au centre des choses ! (les membres de l’aumônerie de la maison d’arrêt de Béziers le disaient, dans l’extrait du DVD que nous avons écouté). C’est pourquoi n’oublions pas que le chemin du serviteur est aussi un chemin de conversion, toujours à reprendre. De nombreuses tentations nous guettent, depuis la prise de pouvoir sur l’autre, jusqu’au découragement, en passant par les jugements hâtifs, l’activisme, l’impatience de ne pas trouver tout une suite une efficacité, etc.

Dans cette 2e question que vous trouvez p. 25 dans votre livret, vous pourrez remarquer qu’il y a deux aspects :

D’abord : « être au service, ça change quoi pour moi ? ». Poser cette question, c’est une manière d’attirer l’attention sur ce que ça provoque en nous, cette décision de redonner un peu de notre trésor. Car il se pourrait que lorsqu’on a ainsi les mains ouvertes, quelque chose de très précieux nous soit donné : quelque chose comme un passage de Dieu au milieu de nous.

Et il y a un 2e aspect à cette question : « ça m’engage à quoi ? Quels appels j’entends à mettre mes pas dans ceux du Serviteur (le Christ) ? ». ça m’engage à quoi, ça m’appelle à quoi, parce qu’être serviteur, c’est aussi une décision que l’on prend et des conversions à vivre. Ça passe par des choix, des priorités, des renoncements. Des choix dans son agenda, dans son réseau de relations, dans la manière de mobiliser son énergie. Et puis, ça passe par l’acceptation de se laisser transformer en profondeur dans nos manières d’être et nos manières de faire, jusqu’à laisser passer en nous celles du Christ.

J’ai insisté sur le versant « accueil » de la diaconie, qui est premier. La diaconie n’est pas qu’activité, elle commence par l’accueil des appels à vivre qui me sont donnés. Mais évidemment, il y a aussi un versant actif : c’est cette décision, cette manière d’engager sa vie en réponse à Dieu, à la suite du Christ. Alors, qu’est-ce que j’entends comme appel, de ce côté-là, est-ce que je suis prêt à y répondre ? C’est donc là la deuxième question sur votre livret.

Bon, mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Nous vous proposons encore une 3e question qui fait le lien entre service et Eglise. C’est qu’un serviteur qui voudrait être serviteur tout seul, eh bien il risque de ne pas rester serviteur très longtemps. On a besoin tout le temps des autres pour être relancés comme serviteur. D’où cette 3e question.

Cette 3e question, c’est d’abord un petit exercice d’imagination : « une Eglise au service », (ou une Eglise servante) quelles images cette expression fait-elle naître en moi ? » Ça ressemblerait à quoi, pour vous une Eglise au service ? Vous savez, si on vous demande ça, c’est parce qu’on a besoin dans l’Eglise, de l’imagination de tous. Les bonnes idées ne viennent pas que d’en haut ; elles viennent quand tout le monde se demande, « tiens, à quoi ça pourrait ressembler une Eglise au service ? Je la verrais comment ? »

Et puis ensuite la question continue : « comment puis-je aider l’Eglise (les communautés chrétiennes que je connais) à être dans la société, davantage au service ? »

Là, on va trouver des choses concrètes : les communautés que je connais – de près ou de loin – comment je peux les aider à être dans la société, davantage au service ? Parfois on voit bien les points d’arrivée, mais là où on a du mal, c’est pour voir le chemin par où y arriver. Eh bien, c’est pour cela que nous vous invitons à réfléchir aussi à cela : comment vous allez pouvoir aider votre communauté à être davantage au service ? Qu’est-ce qu’on va pouvoir lui proposer ?

Vous savez : on compte vraiment sur vous pour cela, pour aider l’Eglise à être davantage servante. Et si nous y tenons, c’est que aider l’Eglise à être davantage servante, à être davantage diaconale, c’est rappeler l’Eglise à sa vocation, c’est lui redire ce qu’elle est.

Car, de fait, le message que l’Eglise porte, la Bonne Nouvelle qu’elle est chargée de faire entendre, c’est précisément un appel à l’existence, adressé  à toute personne. Cet appel, vous le savez, il nous vient de loin, de très loin ; le Christ l’a porté de la part de son Père, dans la force et dans la faiblesse, dans la joie, et jusque sur la croix. Et sa résurrection, c’est le signe éclatant que cet appel, rien ni personne ne pourra l’étouffer.

C’est cela la Bonne Nouvelle que l’Eglise porte. Elle le porte non pas comme dans un petit paquet qu’elle pourrait poser à côté d’elle, non, elle le porte dans sa chair. Comme le Christ.

Et vous savez, il y a là quelque chose d’extrêmement précieux, non seulement pour les chrétiens, mais pour toute la société. Car nous sommes tentés, très souvent, de croire que notre vie, c’est comme une propriété qu’on devrait protéger contre les autres et agrandir le plus possible. Alors, on entre dans un monde de compétition, de comparaisons, de classifications, qui peut se montrer impitoyable. Quand nous croyons cela, nous oublions que notre vie, elle a été éveillée en nous par tous ceux qui nous ont appelés à l’existence. C’est cela qui constitue le fond vivant de l’humanité, et Dieu est là à l’oeuvre, partout où des hommes s’appellent ou se rappellent à l’existence. C’est pourquoi, quand l’Eglise prend au sérieux sa vocation diaconale, elle a des questions redoutables à poser à la société, sur sa manière d’organiser ses affaire. A tous, elle demande : après quoi sommes-nous en train de courir ? notre trésor, nous le plaçons où ? Dans ce qui s’accumule ? ou bien dans ce jeu d’appel par lequel chacun peut trouver sa place dans la société ?

Durant ces trois jours, nous pourrons rencontrer beaucoup de personnes, entendre parler d’initiatives, être témoins de ce que ça change quand on se met sur le chemin du Serviteur. Alors, profitons en, ouvrons tout grand nos oreilles, laissons nous surprendre, laissons nous étonner, car il se pourrait que l’Esprit veuille nous dire des choses et ouvrir de nouvelles routes pour l’Eglise.

Etienne Grieu sj
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Le plan quinquennal pour l’inclusion

Bruno Grouès était l’invité du CCSC pour notre rencontre thématique du 4 avril 2013 sur le thème « Le plan quinquennal pour l’inclusion ». 

Bruno Grouès est conseiller spécial auprès du directeur général de l’UNIOPSS, mouvement associatif traitant des questions sociales, en charge de la lutte contre la pauvreté en France.

L’UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux) unit, défend et valorise le secteur non lucratif de solidarité. Elle porte auprès des pouvoirs publics la voix collective des associations sanitaires et sociales. Présente sur tout le territoire au travers de 23 Uriopss (Unions régionales) et de plus de 100 fédérations, unions et associations nationales, l’Uniopss regroupe 25 000 établissements et services du monde de la solidarité et 750.000 salariés (soit environ 75% du total).

http://www.uniopss.asso.fr/section/unio_actu.html

La commission lutte contre la pauvreté (collectif ALERTE – nom utilisé par la commission lutte contre la pauvreté et l’exclusion de l’UNIOPSS pour la communication) est le lieu où s’élaborent la réflexion politique et la parole communes d’une trentaine d’associations et fédérations nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Bruno Grouès, Jean-Pierre Pascual, Gérard Marle

Bruno Grouès, Jean-Pierre Pascual, Gérard Marle

La pauvreté en France en quelques chiffres

~        Plus de 8 millions de personnes en situation de pauvreté (c’est-à-dire en dessous du seuil de pauvreté, qui est de 984€ par mois)
~        3,5 millions de mal logés
~        1,2 million en attente de logement social
~        4,5 à 5 millions de chômeurs, dont 3 millions sans allocation
~        800 000 personnes nourries grâce à l’aide alimentaire
~        150 000 personnes à la rue, ce qui est un scandale absolu dans le 5e pays le plus riche du monde.
~        483 € par mois, c’est le montant du RSA.

Le drame c’est que, tout comme pour le chômage, on s’est habitué à la pauvreté.
Les gens considèrent que c’est inévitable. Alors que la société pourrait faire en sorte de mettre un terme à cette situation.
Le rôle des chrétiens est de dire que la pauvreté est intolérable, que nous devons la refuser, que nous n’avons pas le droit de nous y habituer. Nous devons agir pour que la pauvreté devienne une priorité des politiques publiques. Lutter contre la pauvreté pourrait même être créateur d’emplois.

Lors de la campagne présidentielle le groupe ALERTE a rédigé une plateforme intitulée « Non, les pauvres ne doivent pas trinquer deux fois » http://www.alerte-exclusions-presidentielles2012.fr/ dans laquelle les 40 associations signataires, après de longs mois de discussions, sont arrivées à un consensus quant à leurs propositions en matière de lutte contre la pauvreté.

Des rendez-vous ont été pris avec les candidats aux élections présidentielles :
–  M. Sarkozy n’a pas donné suite à l’entretien
–  M. Bayrou a déclaré être d’accord avec ces propositions, mais la priorité pour lui était le désendettement.
–  M. Hollande a donné son accord pour un plan quinquennal et en a fait sa 61e proposition, inscrite dans son plan de campagne. A noter que dans les 60 propositions du candidat les mots « exclusion » et « pauvreté » n’étaient même pas mentionnés.

Le premier résultat positif de cette plateforme réside dans le fait que les associations unies ont pu faire « bouger les lignes ».

En octobre 2012 l’UNIOPSS propose 10 revendications incontournables pour ce plan quinquennal.

Décembre 2012, conférence nationale de lutte contre la pauvreté, organisée par François Hollande, après avoir réuni 7 groupes de travail pendant deux mois. 11 ministres étaient présents à la conférence, clôturée par le Premier ministre qui a annoncé les grandes lignes du plan.

  • Premier point important : le changement de regard sur la pauvreté.

Alors que la dénonciation d’ « assistanat » par les pouvoirs publics précédents a fait beaucoup de ravages dans la société, ancrant cette idée comme réelle, le gouvernement actuel n’assimile plus « assistance » et « assistanat ».
L’assistance est une notion positive, née en France sous la révolution.

  • Deuxième point important : une vraie inter ministérialité.

La pauvreté touche tous les domaines : emploi, logement, santé, éducation, formation. C’est pourquoi, sous l’autorité du Premier ministre, une feuille de route a été remise à 20 ministres pour la mise en œuvre du plan.

L’effort financier, de 2,5 milliards d’euros sur 5 ans, est certain. Mais l’UNIOPSS pense que ce plan est davantage un plan d’urgence qu’un plan structurel.

Les principales mesures.

  • Le RSA socle. Contrairement aux autres minima sociaux, le RSA socle n’avait pas été revalorisé pendant les 5 années précédentes. Pendant les 5 ans du plan il augmentera de 10% par an, inflation garantie. C’est encore peu, mais c’est important symboliquement, c’est déjà une action contre une injustice idéologique.
  • La santé. Modification des plafonds permettant d’accéder à la CMU et à une mutuelle santé. Plus de 750 000 personnes seront désormais couvertes. Mais l’objectif de l’UNIOPSS n’est pas atteint, notre proposition concerne l’ensemble des personnes aux minima sociaux (incluant, par exemple, les personnes handicapées ou âgées).
  • Garantie jeunes. Le RSA ne démarre qu’à 25 ans. Or des dizaines de milliers de jeunes sont en galère. La garantie jeunes s’adresse à 150 000 jeunes (le nombre est encore modeste) de 18 à 25 ans, sans emploi ni en formation. Cette mesure n’existe pas encore, un groupe de travail réfléchit à un accompagnement intensif et à une orientation vers une formation ou un emploi. Entre ces deux périodes le jeune touchera le RSA. Une expérimentation commencera dans une dizaine de territoires.
  • Places d’hébergement. Le besoin d’hébergement d’urgence est criant, 50% des demandes au 115 n’aboutissent pas. 9 000 places seront créées.
  • RSA activité. Une réforme est prévue. Cette mesure, créée par Martin Hirsch, est d’une mise en place très complexe, ce qui fait que 70% des personnes y ayant droit ne touchent pas le RSA ou ne le demandent pas. il faut aussi tenir compte de l’aspect stigmatisant que représente le RSA : les personnes qui travaillent n’osent pas le demander, se sentant indignes par rapport aux personnes sans emploi. Il faudrait envisager de réformer le RSA et de le grouper avec la prime pour l’emploi.
  • Places de crèche. 10% de ces places seraient réservées aux familles pauvres. Mais la mise en œuvre de cette mesure ne semble pas évidente.
  • Lutte contre le surendettement. Il s’agit là d’une demande du Secours catholique. Cela passerait par la création d’un fichier positif de l’endettement, pour enregistrer tous les crédits d’un ménage, avec obligation pour les organismes financiers de le consulter avant tout accord de crédit supplémentaire.
  • Refondation du travail social. Alors qu’il est encore largement méconnu, des assises du travail social auront pour objectif de le faire évoluer et de le valoriser.

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Les mesures pour l’emploi.

« Nul n’est inemployable » : c’est une bonne formule, mais elle comporte le risque de donner une allocation en contre partie d’un travail. Or il faut reconnaître que – en fonction des différents moments de la vie – tous ne sont pas capables de travailler.

  • Les contrats aidés vont être développés. Le temps de travail peut varier de quelques heures à 35 heures par semaine. Il est nécessaire, pour insérer les personnes, d’allonger la durée moyenne des contrats à 12 mois.
  • L’accompagnement. La situation est très difficile à Pôle emploi. D’où l’expérimentation d’une formule de parrainage. Mais cela nécessite de veiller à ce qu’il soit fait par des personnes bien formées, la bonne volonté ne suffit pas.
  • Accompagnement socio professionnel.  Pour le RSA, une distinction est établie entre accompagnement social et accompagnement professionnel, or ces deux formes d’accompagnement sont nécessaires, et cette dualité pose problème – entre les travailleurs sociaux du conseil général et les professionnels du Pôle emploi, par exemple. Cet accompagnement socio professionnel serait encadré par une convention, dans chaque département, entre le conseil général et Pôle emploi.
  • Accompagnement dans l’emploi. Les personnes de Pôle emploi ne sont pas formées au travail social et les personnes du conseil général ne sont pas formées pour le travail en entreprise. Le travail social devrait aussi travailler vers l’emploi.
  • Formation. Augmenter la part de formation pour les moins qualifiés et pour les chômeurs de longue durée, les allocataires du RSA et les salariés en insertion. Un compte personnel de formation sera mis en place. Les régions mettront en place un plan d’action concertée pour les demandeurs d’emploi, avec aussi un pacte régional pour les 150 000 jeunes qui décrochent, chaque année.
  • Reconnaissance des savoir-faire acquis en emploi. Il s’agit là d’une amélioration de la Validation des acquis d’expérience existante.

Ces points tracent l’essentiel du contenu du plan quinquennal.
Une mission de surveillance de la mise en œuvre de ce plan a été confiée à François Chérèque (IGAS), un rapport public sera publié chaque année.
Il devra aussi s’assurer de la bonne mise en œuvre du plan dans les territoires, car on constate souvent une déconnexion dramatique entre le niveau national et le niveau local. Il lui faudra définir une méthode pour une bonne mise en  œuvre au niveau local.

L’UNIOPSS déplore une grosse lacune concernant ce plan : il est sans financement !
On ne sait pas combien coûtera chaque mesure ni comment elle sera financée. Un montant global de 2,5 milliards d’euros est annoncé mais ce montant n’est ni détaillé ni financé.
Nous avons demandé une loi de programmation financière, mais nous ne l’avons pas obtenue.
Le risque est donc grand que ce plan ne soit pas mis en œuvre.
Des groupes de travail sont créés pour veiller à chacune des mesures.

 

En conclusion, un point positif réside dans le constat que, lorsque les associations sont unies, elles arrivent à obtenir des résultats des politiques.
Nos demandes ont été prises en compte par le politique.
Ce plan restera très peu par rapport aux énormes besoins. Il faudrait 25 milliards d’euros, soit 1% du PIB, d’après Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

A l’heure de Diaconia 2013, la notion de charité est d’une grande importance.
Certaines associations caritatives ont beaucoup fonctionné dans le don mais, s’il faut bien sûr garder cet aspect de charité, il nous faut aller plus loin dans l’échange.

« Le pauvre m’apporte quelque chose que je n’aurais pas sans lui. »

Insister sur la notion de participation des personnes en situation de pauvreté : ne pas « faire pour » mais « faire avec ».
Les personnes en situation de pauvreté devraient toujours être associées aux prises de décision politiques les concernant.

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Le Bon samaritain – Diaconia

Neuf notes « théologiques » (cf. site Diaconia) accompagnent cette démarche de l’Eglise de France. La première note fait le tour des mots qui disent « le service du pauvre » :  charité (qui dit celle de Dieu pour un service sans condition), fraternité (et sa charge « proximité »), solidarité (entre égaux), justice (et le droit), option préférentielle pour les pauvres (pour qu’ils aient une vie digne, ce qui n’est pas négociable, mais les pauvres sont-ils matière à option ?)

Dans l’histoire de l’Eglise, ce service de la charité rejoignait particulièrement quatre catégories de personnes, l’ennemi, l’étranger, le pauvre et l’enfant. Cela demeure. Aujourd’hui, au-delà des chiffres qui disent la détresse et le malheur, on peut retenir ce que le théologien Laurent Villemin a retenu lui-même : « Nous vivons dans une société à forte valeur disjonctive, car notre premier réflexe est de séparer, de spécialiser, ce qui donne de bons résultats mais qui apporte des drames humains et sociétaux » . Madame Jacqueline Rouillon, maire de Saint Ouen évoquait récemment la nécessité de lieux de paroles, pour que la parole s’échange – mais nos lieux d’accueil ne sont pas envahis ! Par où on retrouve la question du « lien » chère à Jean-Baptiste de Foucauld notamment, et nous ne savons pas bien faire. A noter aussi l’attente de nos concitoyens ; à la question, « qu’est-ce qui vous conduit à croire en l’existence de Dieu », les Français répondent : après l’enfant (31%), la nature (20%), la charité vient en troisième position. Après tout, renouer une relation d’alliance entre les hommes et entre l’humanité et Dieu, n’est-ce pas ce qu’a fait le Christ.

Diaconie (diakonia, en grec) désigne le fait de se mettre au service des autres à l’exemple du Christ Serviteur. Ce mot n’est pas rare dans le Nouveau Testament ; il fut perdu dès les premiers siècles ; la Réforme l’a retrouvé (qui a inventé les « diaconesses ») et donc l’Eglise catholique l’a délaissé. Il revient dans le rapport Coffy (évêque de Marseille) en 1981 et surtout le pape Benoit XVI le retrouve (Dieu est amour, 2006) et le désigne comme « le service de l’amour du prochain exercé d’une manière communautaire et ordonnée » ; « Enraciné dans l’amour de Dieu, il est avant tout une tâche pour chaque fidèle, mais il est aussi une tâche pour la communauté ecclésiale entière, et cela à tous  les niveaux » (n°20 et 21), là est l’originalité et la raison du mot « diaconie ».

Il est une raison « théologique ». Dans l’histoire, nous sommes passés de la proximité concrète (cf.les diacres) à la délégation, au seul don d’argent : on a comme sous-traité le service du pauvre à des services spécialisés et aux congrégations religieuses (qui furent nombreuses) ; on a « externalisé » ce service qui, du coup, n’était plus au centre de la vie ecclésiale. Ce service est devenu comme secondaire, comme conséquence (un appendice plus ou moins contraignant) de la foi et de la pratique sacramentelle : « je suis croyant donc je donne ou je milite ». Or ce don et cet engagement est un lieu-source de la foi, ce n’est ni un dérivé ni une matière optionnelle. « La nature profonde de l’Eglise s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu (Kerygma-martyria), célébration des sacrements (leitourgia), servie de la charité (diakonia). Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. La charité n’est pas pour l’Eglise une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence même, à laquelle elle ne peut renoncer (Dieu est amour, n°25 cf. le n°32 sur la charge de l’évêque  la charité fait partie de l’essence même de sa mission originaire).

Dans la parabole du bon samaritain, nous voyons Jésus répondre à une question précise : quoi faire (observer la Loi) pour vivre avec Dieu, pour être avec Lui (avoir la vie éternelle) ?  Et la réponse est celle-ci : fais comme le bon samaritain (dans la parabole, il est le prochain) – par où  le service de la charité, comme tel, conduit à Dieu et fait demeurer avec Lui.  Parmi les lectures possibles de cette parabole, il y a celle des supérieurs-res de congrégations religieuses ;  dans leur congrès de 2004, elles ont fait du samaritain et de la samaritaine des icônes de leurs engagements.  On peut se laisser prendre par les gestes, se voir dévier de son chemin (prendre acte de l’imprévu), s’arrêter, descendre de sa monture, s’agenouiller, faire des gestes simples et quotidiens (laver les plaies avec de l’huile et du vin) puis mobiliser l’aubergiste, donner de l’argent et annoncer son retour – puisqu’il ne se décharge pas. « Que pouvait-il faire de plus ? » dit quelqu’un qui accompagne un chômeur ? Quant au chômeur lui-même, il s’identifie non au samaritain mais à l’homme blessé sur le talus. Ce texte, on peut le croiser avec trois autres textes au moins, le lavement des pieds (geste d’amour, fort comme peut l’être celui de cet homme qui lave le corps de sa femme malade), et les disciples sur le chemin d’Emmaüs (la route, l’inattendu de l’inconnu, le récit qui sort de l’enfermement de la détresse, l’invitation à rester et le repas, sa présence forte et furtive, l’aller vers les autres, et le Christ qui apparaît alors que les uns et les autres parlent de leurs propres expériences-rencontres) ; le geste de Jésus devant la femme adultère est superbe : il ne dit rien, s’incline devant tous pour écrire d’un doigt sur le sol, il se met à hauteur d’elle et de tous, et il se relève, relevant la femme du même coup avant de lui dire « va ».

Il faut insister encore aujourd’hui : certes la prière (par l’écoute de la Parole) et la célébration communautaire des sacrements sont indispensables et sans lesquels on peut vite s’épuiser et manquer de lucidité, mais le service de la charité est, lui aussi et au même titre, central dans notre quête de Dieu, dans l’annonce de Dieu. L’action a de suite une dimension spirituelle : celui qui s’engage pourrait ne pas le faire, et au long de son chemin, il doit abandonner une certaine assurance (je vais réussir) et se convertir à la modestie, à l’autre, à la gratuité ; ce faisant, il découvre que l’autre a de la densité, que sa vie aujourd’hui blessée est lourde d’événements et de résistance au malheur, forte de courage et d’inventivité, et de Dieu… par où on trouve un autre type de relation (ni surplombante, ni complexée) ; encore faut-il qu’il s’arrête pour relire ce qu’il vit et qu’il puisse le célébrer.

Quant à celui qui est en détresse, qui doit accepter de tendre la main, de faire confiance, il fait là ce qui est habituellement très difficile.  S’il est chômeur par exemple, il s’affronte très vite à des difficultés inattendues, à la solitude, à une « mort sociale » (dans un pays où nous investissons dans le travail comme nulle part ailleurs), à un problème d’identité (qui suis-je devenu ?) « Il arrive souvent que celles et ceux qui vivent dans la grande précarité aient une véritable expérience de Dieu : si l’on croit vraiment qu’il se fait proche des plus modestes, cela ne nous surprendra pas outre mesure » (cf. note théologique 3).   Densité de nos vies, de toutes les vies : « on est dans le lourd », qui n’a rien à voir avec de l’activisme pour meubler une retraite ou une solitude. On peut comprendre ce mot du fondateur du « syndicat » des chômeurs à savoir que le chômage est aussi un problème spirituel.

Quant à l’Eglise elle-même, elle  retrouve une attitude,  elle « se fait conversation » avec le monde (Paul VI). «Comme Jésus au puits de Sychar, l’Eglise ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer » (13ème assemblée générale – synode des évêques 2012, sur la Nouvelle évangélisation ), et cela passe par des gestes et des paroles, sans juger, sans attente de retour « parce que c’est toi », de manière totalement désintéressée, sans arrière pensée de prosélytisme : « L’amour est gratuit. Il n’est pas utilisé pour parvenir à d’autres fins. » (Dieu est amour N°31)

Gérard Marle – pour l’ACI 91, avril 2013

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