Spiritualité

« Salut et guérison dans la diaconie de l’Eglise en France »

Conférence d’Etienne Grieu, sj, Lourdes – septembre 2017

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Au cœur de la solidarité, la joie de l’Évangile

Pour mettre en acte(s) l’exhortation du pape François

Nous sommes à une heure de l’histoire de l’Eglise particulièrement passionnante grâce à l’engagement du pape François, qui nous invite à relire notre vie au cœur de la société contemporaine.

La_Joie_de_l_Evangile

L’appel à la joie vivifie l’ensemble de son exhortation et entraîne  toute  l’Eglise, donc  chaque  chrétien, à être porteur de l’Evangile, serviteur de ses frères et sœurs en difficulté.

Il est joyeux le témoin de l’Evangile, l’artisan de justice et de paix ! Joyeux d’être appelé.  « Je suis une mission sur cette terre et pour cela je suis dans le monde. Je dois reconnaître que je suis marqué au fer par cette mission, afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. »

Le service du frère consiste moins à « faire pour »  qu’à « faire avec », moins à donner qu’à se donner. Au cœur de ce don, la joie de l’Evangile peut transfigurer une action de solidarité en charité pleine et entière.

Répondre à l’appel de Jésus  « implique autant la coopération pour résoudre les causes structurelles de la pauvreté et le développement intégral des pauvres, que les gestes simples et quotidiens de solidarité devant les misères concrètes que nous rencontrons. »

Si les pauvres ne sont pas là pour entendre l’Evangile, ils manquent à l’Eglise.

Car dans le Christ, Dieu ne rachète pas seulement l’individu mais aussi les relations sociales entre les hommes.

Le mot solidarité peut paraître un peu usé, mais il désigne beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. Il demande de créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens de quelques-uns.

Il y a là pour l’Eglise, donc pour nous, un choix fondateur, il s’agit d’un mouvement, d’un élan qui se traduit en deux mots : « sortir » pour aller  vers les « périphéries » existentielles.

L’Eglise du pape François nous appelle à être  compagnons de route de nos contemporains en recherche de Dieu et désireux de le rencontrer, à être  attentifs à toutes formes de pauvretés et de fragilités dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaître le Christ souffrant.

Jean-Pierre Pascual
(diacre, président du CCSC)

 

En quoi la précarité au travail interpelle ma foi de chrétien ?

Comment lire l’Evangile aujourd’hui à ce sujet ?St Martin

On ne peut oublier ni les chiffres (considérables, comment fait-on pour s’y habituer?) ni les récits – paroles – qui témoignent de la violence de cette expérience de la précarité et du chômage ; lorsqu’elle dure, elle renvoie à la pauvreté, au mépris, à la solitude (on ne se fait pas d’amis lorsque l’on est au chômage), à l’angoisse et à la redoutable expérience de l’abandon, c’est-à-dire de l’affrontement à la mort ; le chômage et la précarité posent la question de cette société qui marginalise et rejette un fort pourcentage de sa population (près de 20%) ; ils posent surtout à celles et ceux qui les subissent la question de leur utilité, du sens de leur existence, et plus fondamentalement, de leur identité ; en cela le chômage et la précarité posent aussi de redoutables problèmes d’ordre spirituel.

Des paraboles pour notre temps – lire la suite : Paraboles_pour_notre_temps


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Pour un cheminement spirituel

Deux points peuvent être particulièrement soulignés

~        L’Evangile nous fait voir la société comme le visage de ses victimes ; nous devons ouvrir les yeux et briser les cadres d’interprétation trop étroits. « Le changement le plus important que les gens peuvent faire, c’est de changer leur façon de voir le monde. » (lu dans le rapport de la commission des Nations-Unies sur la Global Governance). Et regarder, c’est vouloir interpréter le monde dans lequel nous vivons comme ayant un sens. Cette quête de sens est recherche de solutions concrètes, nouvelles, imaginatives : ne pas fuir devant les drames, les épreuves et en même temps être en capacité de voir le beau, le bien, ce qui se réalise de positif en et par chacun.

~        Enfinplus récemmentles textes parlent de « justice contributive » par là lEglise soutient que tout être humain, quel quil soitdoit pouvoir et doit apporter sa richesse personnelle pour le développement du bien commun. Une façon de refuser lassistanat ou le développement d’une société à deuou trois vitesses.

« Le point de rencontre entre l’Evangile et le monde, cest notre travail, ce sont nos choix danla vie de chaque jour; paroles enracinées danun engagement réel et reconnaissable, parole devenuparole vivante»

 NLe livret « Nos convictions » établi par le CCSC en ma2000 noublie rien de cet enseignement social de lEglise.

Pour un cheminement spirituel.

 Il s’agit bien dun cheminementcomme un sentier sur une crête et dont on ne connaît pas vraiment le point d’arrivée mais qu’il faut bien prendre, auquel il faut bien « consentir ». Cheminement nocturne souvent, tant pour celle ou celui qui subit précarité et chômage que pour celles et ceux qui sont proches.

« Pour moi, le plus dur ça a été le manque de reconnaissance sociale, la lente dégradation de ma confiance en moi-même, le regard de mes proches, surtout de mes enfants … Et puis il y a le silence à longueur de journée, une fatigue que l’on ne s’explique pas. » Deux phrases pour dire l’essentiel. On existe aux yeux des autres, à condition qu’il y ait des autres ; or le chômage et les situations précaires isolent, détruisent la confiance, conduisent au silence y compris face à la société : ils renvoient aux échecs et blessures de notre propre histoire, lesquels «expliquent» les difficultés d’aujourd’hui et nous impose le silence (« ils n’explosent pas, ils implosent» a-t-on dit).

Pour être reconnu, il faut compter pour un autre, avoir des droits et les faire valoir, être en capacité de développer ses capacités personnelles et de les mettre au service de tous. Peut-être pouvons-nous trouver là le fil rouge d’un cheminement.

Compter pour un autre. Compter vraiment, c’est-à-dire pouvoir relire, réécrire grâce à lui sa propre histoire, jusqu’au bout des blessures ; au proche, on ne lui dira pas tout, mais « je peux tout dire à Dieu ». Etonnant témoignage de cette femme de tradition bouddhiste qui, dans les camps des Khmers rouges, a résisté parce qu’elle criait sa colère au Dieu des chrétiens, au Dieu de Job qu’elle ne connaissait pas ; il était son seul interlocuteur, celui qui l’a maintenue debout : d’une certaine manière, la révolte dans sa souffrance a fait d’elle un sujet et c’est là une chose précieuse. Le proche, lui, commencera par le silence (les 7 jours de silence qui inaugurent le débat de Job et de ses amis), il acceptera de tout entendre sans juger, sans savoir d’avance c’est-à-dire en se défaisant du lien que l’on fait habituellement entre le mal et le malheur. Le première tentation (originelle) est celle de «savoir », de connaître (Cf. Genèse et 3), ce même savoir qui empêchera les contemporains de Jésus de le reconnaître pour ce qu’il est en vérité. Notre première parole, c’est cette écoute jusqu’au bout de la souffrance, sans détour, sans savoir, en donnant à l’autre le temps de ré-écrire ainsi sa propre histoire, lui qui n’avait plus de passé parce que l’avenir est bouché et le présent trop difficile.

Cela suppose de la part du proche qu’il ait traversé lui aussi sa propre histoire, pour écouter vraiment sans projeter ses propres malheurs sur celui qu’il écoute. Alors il pourra discerner une commune humanité, dire l’expérience que l’on n’est jamais enfermé dans une situation.

Gérard Marle

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