La confiance retrouvée ?

Le temps d’une marche, immense, digne. Improbable puisque regroupant des contraires : personne là ne renonçait à ses convictions politiques et religieuses, mais il y avait un au-delà de ces clivages quotidiens. Sans doute la majorité des présents ne goûtait pas l’ironie parfois  méchante des caricaturistes, mais on ne massacre pas pour un dessin ni pour aucune autre raison, il n’y avait sur ce point aucune divergence. Et puis, nous sommes citoyens d’un pays qui ne badine pas lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse : cette liberté peut être irresponsable et mettre des individus ou des institutions en danger ; on peut s’en plaindre, trouver inutile ou dangereuse telle provocation, mais il faut assumer un héritage, une histoire particulière, la nôtre. Il y avait, ce dimanche 11 janvier, un moment où la majorité habituellement silencieuse a su passer au-delà des oppositions habituelles au nom de la vie et d’une fierté nationale. Il a fallu un massacre pour qu’elle paraisse au jour, sans  doute aussi une certaine habileté politique et médiatique, mais cette large unanimité n’a pu s’inventer en une semaine, elle était déjà là, souterraine, silencieuse et largement sous-estimée. Nous sommes donc capables d’être ensemble, c’est tout. Un bémol toutefois, l’absence « des quartiers », où réside une population qui n’a pas encore intégré jusque dans ses racines (sa souche)  l’histoire si particulière qui est celle de France, sa perception si singulière de la laïcité et de sa liberté d’expression.

Et maintenant ? Il nous  faudra  tout d’abord subir des contrôles plus fréquents,  une surveillance dont on se passerait bien, un supplément de frais pour notre sécurité. Tout cela a un coût et nous sommes prêts à l’accepter, au nom de notre sécurité. Ainsi, nous nous découvrons moins fermés sur nos  habitudes, moins accrochés à nos privilèges lorsque l’enjeu en vaut la peine. Nous sommes capables de renoncer à notre égoïsme érigé en système pour nous retrouver ensemble, jusqu’à défendre des institutions policières habituellement qualifiées d’oppressives et liberticides. Nous sommes capables de bouger même par surprise, de l’assumer, voire d’en être fier.

Il se trouve que c’est pour la sécurité et non pour l’emploi que nous avons accepté de nous bouger, de nous retrouver au-delà des guerres de tranchée qui caractérisent habituellement le climat social, et qui paralysent la vie économique. Dans sa lettre au président de la République, le Collectif Alerte note que le grand souffle qui fut au départ des plans contre l’exclusion s’est peu à peu dilué et a laissé place à la défense des intérêts catégoriels. Contre la pauvreté, pour l’emploi, nous serrons-nous les coudes ensemble, dépassant  les antagonismes habituels, ou bien continuons-nous à mettre les égoïsmes catégoriels à la première place ? Ce dimanche a  laissé entrevoir que nous pouvons choisir de nous serrer les coudes. Alors, pour l’emploi aussi ?

« Il est important de sortir d’un double déni. Le déni de la société française, qui a une explication culturelle ou religieuse à ces attentats et qui refuse de se poser la question de ce qu’elle a raté au cours de ces trente ou quarante dernières années. Le déni des musulmans qui disent que cela n’a rien à voir avec l’islam. Ceux qui disent cela sont dans le déni. » (Rachid Benzine, La libre Belgique, édition nationale, 14 janvier 2015). L’absence des quartier en ce moment rare d’unanimisme national s’explique donc aussi par notre échec social. Malgré les milliards d’euros qui, tous gouvernements confondus,  ont été déversés sur « les quartiers », le taux de chômage des jeunes n’y a pas bougé, il approche les 50%. Les inégalités se sont même creusées.

Et si nous osions croire en eux ?

Gérard MARLE

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